Formation vétérinaire à l'étranger
Pourquoi près d'un vétérinaire sur deux est formé aujourd'hui à l'étranger ?
DV Mancini Florian
3/27/20265 min lire


Pourquoi près d’un vétérinaire sur deux est aujourd’hui formé à l’étranger ?
Depuis plusieurs années, la profession vétérinaire française connaît une transformation silencieuse mais profonde : une part croissante — aujourd’hui proche de la moitié dans certaines cohortes — des vétérinaires nouvellement inscrits à l’Ordre a été formée hors du territoire national.
Ce phénomène ne relève ni d’un hasard conjoncturel, ni d’un simple effet d’attractivité européenne. Il est le reflet d’un déséquilibre structurel entre les capacités de formation initiale françaises et les besoins réels du terrain.
La France dispose historiquement de quatre écoles nationales vétérinaires : ENV Alfort, VetAgro Sup, Oniris et ENVT. Longtemps, ce modèle centralisé a permis de garantir un haut niveau d’exigence académique et scientifique dans la formation des vétérinaires.
Mais dans un contexte d’évolution rapide des besoins — explosion de la médecine des animaux de compagnie, désertification vétérinaire rurale, tension démographique croissante, métier passion en vogue — le numerus clausus historiquement restrictif a progressivement limité la capacité nationale à renouveler ses effectifs.
Face à cette tension, de nombreux étudiants français ont fait le choix de se former au sein d’universités européennes accréditées, bénéficiant de la reconnaissance automatique de leur diplôme dans le cadre de la directive européenne relative à la reconnaissance des qualifications professionnelles.
Des établissements comme l'Universidad CEU Cardenal Herrera, l'Universidad Alfonso X el Sabio ou encore l'University of Veterinary Medicine Budapest accueillent ainsi chaque année un nombre croissant d’étudiants français recalés du système national, mais déterminés à exercer cette profession. Bon nombre d'universités étrangères ont pris de l'avance par rapport à nos instances françaises.
Loin d’être marginale, cette mobilité étudiante est devenue un mode d’accès majeur à la profession.
Un accès à la formation devenu un facteur d’expatriation
Si les étudiants français choisissent de partir à l’étranger, ce n’est pas uniquement par attrait pour l’international.
C’est aussi, très concrètement, parce que l’accès aux études vétérinaires y est plus lisible, plus direct, et souvent moins dépendant d’un processus de sélection académique particulièrement élitiste et surtout en moyenne deux ans plus long que le cursus étranger.
Le système français repose encore largement sur un modèle de sélection indirecte, via des années de classes préparatoires exigeantes et un concours national dont les attendus académiques favorisent avant tout des profils à forte performance théorique. Ce modèle, historiquement conçu pour garantir l’excellence scientifique des futurs diplômés, interroge aujourd’hui sa capacité à sélectionner des profils en adéquation avec les réalités de l’exercice vétérinaire contemporain.
Former une élite académique n’implique pas nécessairement de former des praticiens prêts à répondre aux besoins de médecine de première intention, notamment dans les territoires ruraux où la pénurie est la plus marquée.
Une sélection désormais aussi financière
Un autre facteur, plus rarement évoqué, mérite pourtant d’être analysé : le coût d’accès aux formations vétérinaires privées, qu’elles soient situées à l’étranger ou désormais en France, notamment au sein de structures comme UniLaSalle Rouen.
Les frais de scolarité de ces établissements peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros par an, induisant un coût total de formation particulièrement élevé sur l’ensemble du cursus.
De fait, la sélection ne repose plus uniquement sur des critères académiques, mais également sur une capacité financière à accéder à la formation. Ce déplacement du filtre d’entrée — d’un concours académique vers un investissement économique — soulève une question structurante pour l’avenir de la profession.
Car il est légitime de s’interroger sur les choix d’orientation professionnelle de jeunes diplômés ayant contracté une dette de formation importante : dans quelle mesure ces contraintes financières influencent-elles le type d’exercice envisagé à l’issue du cursus ?
La médecine rurale, souvent plus exigeante en termes de disponibilité, d’investissement personnel et parfois moins rémunératrice en début de carrière, apparaît-elle compatible avec un modèle de formation dont le coût initial est particulièrement élevé ?
À l’inverse, l’orientation vers une pratique exclusivement canine, perçue comme économiquement plus prévisible, pourrait être favorisée — au risque d’accentuer un déséquilibre déjà perceptible entre les besoins territoriaux en médecine vétérinaire rurale et la répartition effective des professionnels sur le terrain.
Repenser les modalités d’accès à la formation vétérinaire
Cette situation pose une question fondamentale : le modèle actuel de sélection à l’entrée des études vétérinaires est-il encore adapté aux enjeux démographiques et sanitaires auxquels la profession est confrontée ?
Les difficultés rencontrées aujourd’hui en médecine humaine — elles aussi largement liées à des décennies de régulation restrictive des capacités de formation — illustrent les conséquences à long terme d’un pilotage insuffisamment corrélé aux besoins territoriaux.
L’ouverture récente de voies d’admission post-baccalauréat au sein des écoles nationales vétérinaires — notamment à ENV Alfort, VetAgro Sup, Oniris et ENVT — constitue à ce titre une évolution majeure et devrait être encore plus performante.
En diversifiant les profils recrutés, en augmentant le nombre d'étudiants (soit en créant une nouvelle école publique, soit en augmentant le numerus clausus des quatre écoles nationales) et en limitant le poids d’un filtre académique reposant exclusivement sur les classes préparatoires, cette voie pourrait représenter un levier pertinent pour adapter le recrutement aux réalités contemporaines de l’exercice vétérinaire.
Elle devrait, à ce titre, faire l’objet d’une évaluation rigoureuse et d’un approfondissement progressif.
Former plus, mais surtout former mieux
Dans le même temps, la profession doit faire face à une autre réalité : celle d’un afflux croissant de jeunes diplômés issus de cursus européens dont la préparation opérationnelle à l’exercice apparaît, dans certains cas, en décalage avec les attendus cliniques du terrain français.
Si les diplômes délivrés par les établissements accrédités au niveau européen répondent à des standards académiques harmonisés, l’hétérogénéité des volumes de formation pratique et des modèles pédagogiques peut se traduire, à l’entrée dans la vie active, par des écarts significatifs en matière d’autonomie clinique.
De nombreux praticiens encadrant ces jeunes confrères observent ainsi des besoins d’accompagnement renforcés dans la réalisation d’actes pourtant fondamentaux de la pratique généraliste, là où les diplômés des écoles nationales vétérinaires françaises bénéficient historiquement d’une préparation plus homogène à l’exercice clinique.
Ce constat ne doit ni stigmatiser les individus, ni remettre en cause la légitimité des parcours européens, mais invite à une réflexion collective et institutionnelle sur les mécanismes d’intégration professionnelle et sur l’adéquation entre formation initiale et exigences du terrain.
Former insuffisamment au regard des besoins territoriaux, tout en intégrant des diplômés dont la montée en compétence nécessitera un accompagnement prolongé au sein des structures d’accueil déjà sous tension, constitue aujourd’hui un risque systémique pour l’organisation des soins vétérinaires.
La question n’est donc plus seulement de savoir combien de vétérinaires formés, mais comment les sélectionner, comment les former, et dans quelles conditions leur permettre d’exercer avec compétence et confiance dès leur sortie d’école.
Former plus sans former mieux ne résoudra pas la pénurie : cela ne fera que la déplacer.
Acadomvet
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